On confond souvent l’existence de prototypes et celle de fabrication en série, laquelle d’ailleurs n’a pas non plus à se confondre avec la fabrication à la chaîne, initiée beaucoup plus tard par Henri FORD (1907). Les premières séries des automobiles américaines ayant été réalisées d’ailleurs non par Ford mais par Oldsmobile dès 1901.
Personne n’oserait soutenir que CUGNOT qui avait construit un engin autotracté à usage militaire en 1769 est le précurseur de l’industrie automobile.
Il en est de même de toute une série d’inventeurs dont beaucoup étaient des français tels que Delamarre Debouteville, Lenoir etc.
Certes, Carl BENZ avait réalisé quelques tricycles dès 1886 mais force est de constater que ces essais prometteurs ne furent pas suivi d’une véritable fabrication de tricycles ou de quadricycles en série, Jacques ICKX constatant dans son ouvrage qu’en 1890, Carl BENZ était dépourvu de clients, sur ses cinq tricycles fabriqués, trois étaient en panne… (p. 171).
Il faut également souligner que la confusion est très souvent faite entre tricycles – quadricycles qui relèvent du
genre vélocipédique et véritables voitures automobiles. Dans son livre sur l’histoire de l’automobile, SOUVESTRE différencie bien le quadricycle de la véritable automobile.
Les modifications les plus importantes qui ont donné aux véhicules PANHARD & LEVASSOR le premier visage de l’automobile sont les suivantes :
1°) les vibrations et les distorsions du quadricycle provoquaient de mauvais effets mécaniques, c’est pourquoi LEVASSOR a opté pour la solution châssis qui est beaucoup plus rigide.
2°) l’allumage par brûleurs fonctionnait irrégulièrement, c’est pourquoi LEVASSOR a mis au point l’allumage par incandescence, brevet déposé par PANHARD et LEVASSOR, le 24 août 1891.
3°) le véhicule était mal équilibré avec son moteur au centre, LEVASSOR a réparti les organes mécaniques en ligne avec moteur à l’avant sur un second châssis et a abaissé le centre de gravité du véhicule.
Les tricycles et quadricycles relevaient bien de la famille
vélocipédiques même si ils étaient animés par un moteur à essence légère de pétrole.
L’ingénieur, Emile DURANDEL écrivait en mai 1892 dans la revue « L’officiel de l’Automobile » :
« un des meilleurs système à moteurs à pétrole, le système Daimler fabriqué par la Maison PANHARD & LEVASSOR vient par l’intelligent ingénieur
vélocipédique des fils de PEUGEOT FRERES, Monsieur RIGOULOT, d’être appliqué au
cyclisme et peut être bien voilà t’il un commencement de petites révolutions
dans le monde des cyclistes ».
René PANHARD, industriel bien établi dans la fabrication de machines-outils (machines à bois et depuis 1874, moteurs atmosphériques – brevet Otto et Langen, firme dans laquelle oeuvrait alors Gottlieb DAIMLER était convaincu que le transport individuel serait une révolution sociale et que les vaporistes (Bollée, Serpollet et de Dion) n’avaient aucun avenir.
Son associé Emile LEVASSOR, centralien comme lui, était plus difficile à convaincre, il aurait préféré développer la maison PANHARD & LEVASSOR en vendant uniquement des moteurs à des personnes qui oseraient se lancer dans la construction d’automobiles.
Mais poussé par son épouse et par René PANHARD, son associé, qui mit à sa disposition tous les moyens humains et financiers nécessaires, il s’employa dès 1890 à la mise au point de la première automobile PANHARD et c’est après des essais qui durèrent 18 mois environ et la mise au point d’un système d’allumage par incandescence du moteur PANHARD fabriqué sous licence Daimler qu’ils décidèrent de lancer pour la première fois au monde, une série de trente véritables voitures dont les six premiers exemplaires furent livrés en 1891.
Ces voitures étaient le résultat de développements techniques réalisés par PANHARD seul, (moteur à l’avant sur châssis, allumage, embrayage, transmission, différentiel et entraînement des roues arrières par chaîne).
Armand PEUGEOT, également centralien, se lançait aussi dans cette grande aventure en commandant ses moteurs chez PANHARD
mais adoptant la solution quadricycle, technique avec laquelle il était plus familiarisé, la maison LES FILS DE PEUGEOT FRERES étant notamment des grands fabricants de cycles.
A ce titre, Armand PEUGEOT fabriqua trois tricycles à vapeur pour Monsieur SERPOLLET en 1890.
En 1890, PANHARD lui a vendu un moteur deux cylindres pour équiper un quadricycle et le 11 septembre 1890, LEVASSOR écrit à Daimler en lui demandant de venir à Paris pour voir, la voiture à quatre places mise au point par PANHARD & LEVASSOR et le quadricycle que PEUGEOT venait d’envoyer chez PANHARD pour mise au point car il ne marchait pas bien du tout.
Ce quadricycle PEUGEOT, le premier fabriqué par cette illustre maison, fut finalement vendu par PANHARD, le 9 juin 1891 à un suédois après qu’il eut été réparé par la maison PANHARD.
En effet, Armand PEUGEOT avait opté pour la solution quadricycle du type même de celui mis au point par Daimler qu’il aurait rencontré en présence d’Emile LEVASSOR, fin 1888 à Valentigney. Au cours de cette réunion de présentation d’Armand PEUGEOT à Gottlieb DAIMLER par Emile LEVASSOR, Gottlieb DAIMLER était venu avec un quadricycle prototype dont les performances étaient fort médiocres, le véhicule n’arrivant pas à grimper des côtes de plus de 3% !
Cependant, en s’inspirant de ce modèle, l’ingénieur RIGOULOT de chez LES FILS DE PEUGEOT FRERES réalise en 1891, un quadricycle performant puisqu’il se rendit de Valentigney chez PANHARD à Paris début septembre 1891 de façon à soumettre à son ami Emile LEVASSOR, sa réalisation. Ce dernier la trouva tout à fait réussie. Messieurs RIGOULOT et DORIOT purent ensuite accompagner la course de vélos Paris – Brest – Paris organisée par le Petit Journal.
Cet accompagnement eut lieu sans encombre et leur permit également de retourner à Valentigney après avoir accompli plus de 2000 kilomètres sans incident notoire en dehors d’une rupture d’embrayage qui fût réparée.
Les relations PANHARD ET LEVASSOR et PEUGEOT étaient étroites et confiantes, entre ingénieurs, ils s’envoyaient des plans, se déplaçaient chez les uns et chez les autres pour faire part de leurs expériences.
A tel point qu’Emile LEVASSOR ira jusqu’à intervenir par lettre du 27 octobre 1892 auprès de Gottlieb DAIMLER afin qu’Armand PEUGEOT puisse vendre ses propres voitures en Alsace où il avait de la famille (l’Alsace était alors annexée à l’Allemagne).
Emile LEVASSOR écrivait à son ami Gottlieb DAIMLER :
« de notre côté, nous déployons une grande activité, nous avons déjà plusieurs voitures en circulation qui toutes donnent de très bons résultats, nous avons, en outre, des commandes pour la saison prochaine et surtout beaucoup de demandes de renseignements.
D’autre part, la maison PEUGEOT qui a actuellement parfaitement réussi dans ses essais, veut aller de l’avant, en conséquence et c’est là le but principal de cette lettre, la maison PEUGEOT m’a demandé si elle pouvait livrer en Alsace etc. »
En résumé, les trois mousquetaires de l’automobile, PANHARD et LEVASSOR, Armand PEUGEOT et Gottlieb DAIMLER avaient intérêt à se serrer les coudes pour imposer au marché leurs réalisations (moteurs, quadricycles, automobiles) et ce, à une clientèle naissante tant en FRANCE qu’en ALLEMAGNE. Ce qui explique bien évidemment, la nature de leurs relations étroites et confiantes.
Pour conclure cette note de rappels historiques, la FRANCE peut être fière d’être le berceau de l’industrie automobile avec PANHARD et LEVASSOR et Armand PEUGEOT qui « embraya » aussitôt derrière PANHARD.
A ce jour, le Groupe PSA PEUGEOT CITROEN se trouve être le constructeur
actuel le plus ancien du monde, il est d’ailleurs propriétaire de la marque Doyenne PANHARD et LEVASSOR par CITROEN interposé suite à la fusion de PANHARD avec CITROEN en 1965.
A ce titre, les archives PANHARD lui appartiennent, elles sont déposées au Musée National de l’Automobile collection Schlumpf à Mulhouse et les historiens peuvent s’y référer comme cela a été fait pour l’établissement de cette note historique.
Il n’est pas possible de conclure cette brève note historique sans rendre un hommage très particulier à
Emile LEVASSOR qui fut comme l’a reconnu Gottlieb DAIMLER, le plus grand des pionniers de l’industrie automobile à tel point qu’un monument fut édifié à sa mémoire en 1907 à Paris – Porte Maillot et ce, pour immortaliser aux yeux du grand public, la mémoire de celui qui fut le
VERITABLE PERE DE L’AUTOMOBILE.
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Le 5 février 2010,
Pour être jointe à la communication de Monsieur Jean PANHARD. |